Emploi des cadres : une éclaircie inattendue

  • 28/05/2021
  • 06:35
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Tribune de Laurent Da Silva - Qui l’eût cru ? Alors que les plus pessimistes, et ils sont nombreux ces temps-ci, s’attendaient à une chute des recrutements de cadres de 30 à 40 % en 2020, l’Apec a finalement chiffré cette baisse à 19 % ‘’seulement’’. Pour nous, acteurs de l’emploi, le dégel a déjà commencé et augure un redémarrage très fort dès cet été.

Pour cette année, le nombre d’embauches prévues atteint 247 000 soit 8 % de plus que l’an passé, selon la dernière note de conjoncture de l’Apec. L’Association ne s’est pas pour autant ralliée à une improbable méthode Coué pour se persuader de lendemains qui chantent. Elle a consulté 8000 entreprises représentatives des employeurs privés et leur regain d’optimisme est aussi réel qu’étonnant. Surtout pour les cols blancs. Car le recrutement des cadres fonctionne sur la confiance, comme celle que l’on retrouve après un bon sommeil. Et pour l’économie française, il aura duré 14 mois.

Les entreprises se préparent à recruter

Du côté des candidats, le pire semble passé, et du côté des recruteurs, le meilleur est à venir. La preuve par les pays les plus vaccinés, les Etats-Unis et l’Angleterre, où ce n’est plus une embellie des recrutements, mais un véritable boom selon la dernière synthèse Rexecode, qui signale que 44% des entreprises US rencontrent des difficultés de recrutement.

Mais New-York est loin. Sauf qu’à Paris aussi, les prévisions sont au grand beau. Et pas qu’en île-de-France, en région Auvergne-Rhône-Alpes, dans les Hauts-de-France et même en Bretagne, les signaux sont au vert, et les entreprises se préparent à recruter quand elles ne sont pas déjà en train de le faire. Avec une étonnante frénésie d’ailleurs. Pour quelles raisons ? L’enfer pour une entreprise à la recherche de talents, ce sont les autres entreprises à la recherche de talents. La peur de se faire voler les meilleurs, et la pénurie de certaines fonctions est à nouveau d’actualité. Alors elles repensent leur marque employeur, se questionnent sur la nouvelle donne et sur les nouvelles exigences des candidats.

Un regain ciblé

Mais il est un autre signe de cette reprise et il est plutôt paradoxal. C’est le peu de réponses aux offres d’emploi actuellement publiées à destination des profils qui étaient déjà pénuriques avant la pandémie. Un témoignage de la frilosité des cadres à vouloir changer de boîtes ? Au contraire. Comme ils l’avouent eux-mêmes, ils sont déjà sur-sollicités et, pour nombre d’entre eux, sont appelés en direct par les entreprises ou les cabinets auxquels les premières ont délégué leur recrutement.

Évidemment, cette embellie, si elle est importante, n’est pas générale. Les seniors et les juniors risquent d’être moins portés par cette vague d’optimisme. De plus, tous les métiers ne sont pas concernés. L’informatique, la R&D, la fonction commerciale, les métiers du chiffre et du conseil ainsi que ceux des ressources humaines vont profiter plus que d’autres du regain économique. Autant d’éléments qui rappellent furieusement le monde d’avant. C’est le mauvais signe que rien n’a changé. Mais c’est aussi le bon signe que l’économie retombe sur ses pieds.