Les cadres ont repris le pouvoir

  • 18/09/2018
  • 11:14
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Avec le retour de l’embellie sur l’emploi cadre, la guerre des talents secoue à nouveau les entreprises. Celles-ci doivent apprendre à séduire les hauts profils pour les attirer à elles.

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Trois questions à Laurent Da Silva, Directeur Général de Spring

Publiés coup sur coup la première semaine de septembre, le baromètre 2019 de l’Apec et l’étude annuelle Deloitte indiquent une nette hausse des rémunérations des cadres. Comment l’expliquez-vous ?
Elles s’expliquent par la dynamique exceptionnelle de l’emploi des cadres que nous observons depuis trois ou quatre ans. Cette année, les entreprises ont procédé à près de 290 000 recrutements de cadres et le seuil des 300 000 recrutements annuels devrait être atteint en 2020 ou 2021 selon les calculs de l’Apec. Il s’agit de la meilleure trajectoire de l’emploi cadre jamais vue depuis longtemps ! Or, dans un contexte de quasi plein emploi des cadres (3,5% de taux de chômage), la guerre des talents qui fait rage entre entreprises recruteuses pour attirer les meilleurs profits. Les cadres ont repris le pouvoir et cette hausse des rémunérations en est une preuve. Mais ce n’est pas la seule : les employeurs comprennent qu’il ne s’agit plus seulement d’attirer à eux les talents, mais aussi de les fidéliser.

Comment procèdent-elles pour cela ?
On constate une augmentation sensible des fonctions comp and ben au sein des entreprises. Les employeurs ont bien compris que la rémunération, si elle reste la principale motivation des hauts profils, n’est plus l’alpha et l’omega et qu’ils doivent aussi travailler sur les avantages périphériques à accorder à leurs cadres : retraites complémentaires, ouverture du capital aux cadres supérieurs, association aux résultats, forfaits d’intéressement ou de participation, meilleure conciliation entre vies professionnelle et privée, autonomie de la gestion du temps de travail … Il existe en outre une nouvelle demande que les cadres formulent de plus en plus au moment du recrutement : l’engagement de l’employeur à assurer leur employabilité et le développement de leurs compétences. Les entreprises qui veulent attirer et conserver leurs talents vont devoir se montrer généreuses en termes de formation. Le CPF, co-alimenté par l’employeur, ouvre de nouvelles possibilités dont les DRH se préparent à se saisir. Mais beaucoup attendent de voir ce que donnera l’appli moncompteformation avant de s’engager.

L’étude Apec indique cependant que les inégalités femmes-hommes et Paris – province pèsent encore sur les rémunérations des cadres …
C’est exact. Mais nous constatons de vrais progrès sur le premier sujet depuis la mise en place de l’index de l’égalité femmes-hommes et la menaces des sanctions financières appliquées aux entreprises qui ne se montreront pas vertueuses en la matière. Concernant les disparités territoriales, l’emploi cadre reste effectivement hyperconcentré sur l’Ile-de-France qui regroupe 65 à 70% de l’effectif total. Je remarque cependant une appétence significative des cadres pour la région Auvergne-Rhône-Alpes (notamment les métropoles de Lyon, Grenoble et Annecy). Cela devrait inspirer les grands groupes et les inciter à ouvrir des bureaux dans les régions. Après tout, selon une récente étude, Cadremploi, 70% des cadres avouent rêver de quitter l’Ile-de-France pour s’installer dans de grandes villes de province comme Nantes et Bordeaux. Les entreprises soucieuses du bien-être de leurs salariés devraient réfléchir à délocaliser une partie de leur structure.

PROPOS RECUEILLIS PAR BENJAMIN D’ALGUERRE pour Entreprise & Carrières le 17 Septembre 2019